Comment dois-je vous appeler ? Gustave ? Charles ?
Bovary, tout court !
Mais pourquoi avoir choisi ce nom ?
Je mène plusieurs activités en parallèle, dont celle de journaliste, et je souhaitais marquer une distinction pour qu’il n’y ait pas de mélange des genres. À chaque dossier son étiquette ! Au-delà, je trouvais cela intéressant de communiquer avec un nom qui évoque une entité plutôt qu’un simple patronyme, bien que je travaille en indépendant. C’est donc mon pseudonyme de rédacteur, un avatar pour mes travaux relatifs aux marques, en quelque sorte. Mais cela ne vous dit pas pourquoi Bovary précisément. Je voulais en effet un nom qui évoque un imaginaire littéraire classique. Je lis principalement des auteurs du 19ème siècle, les meilleurs plumes de l’histoire à mon avis, et Flaubert en particulier qui est sans doute mon auteur préféré. Je voulais donc lui rendre hommage, sans me prendre pour lui évidemment, ça ne serait pas raisonnable !
Comment qualifieriez-vous votre métier ?
Je suis consultant éditorial et concepteur/rédacteur avec une dominante sur la rédaction pure et la production de contenu éditorial. Je travaille majoritairement pour des agences de publicité, de marketing et de web avec trois champs d’interventions principaux : le contenu publicitaire (Print, web, marketing relationnel), la conception/rédaction (signatures de marque, accroches et verbatims de campagnes, scripts,…) et enfin les recommandations stratégiques et les notes d’intentions créatives pour des agences en compétitions ou sur des budgets plus réguliers. C’est assez large mais le point commun est à chaque fois de réussir à porter un message avec des mots, que ce soit un texte étoffé ou une simple phrase, voir un seul mot pour un produit ou une marque.
Quel est votre background ?
J’ai démarré dans la publicité, il y a 4 ans après un Master de communication. Je suis passé par plusieurs grosses agences dont Euro RSCG, Young & Rubicam et Publicis. J’étais d’abord commercial, mais cette fonction ne me plaisait pas vraiment même si elle me sert aujourd’hui en étant à mon compte. J’en ai également tiré une bonne expérience pour la stratégie des marques qui me permet en tant que rédacteur de bien coller aux enjeux du client. À titre personnel, j’ai toujours aimé écrire, j’ai donc voulu en faire mon métier.
Je pense que vous êtes le candidat idéal pour un anti-portrait chinois...
Ah bon ? Alors allons-y.
Spontanément, si vous étiez un défaut ?
Il est d’usage de répondre perfectionniste pour éluder la question, mais bon soyons honnêtes, je dirais peut-être une tendance à être obsessionnel. Quand j’ai une idée en tête, je ne l’ai pas ailleurs comme dirait l’autre...
Si vous étiez une injure ?
Jarnicotonbleu, c’est un juron du père Ubu d’Alfred Jarry. Je n’ai pas encore eu l’occasion de l’utiliser dans mon travail, mais je ne désespère pas...
Si vous étiez une perversion ?
Je ne sais pas trop, mais en tout cas, s’il en est une que je ne souhaiterais pas être, c’est la facilité, ou plutôt la gratuité. Je n’apprécie pas les formes d’expression, fussent-elles artistiques ou humaines, qui négligent l’effort et le savoir faire, pour se dissimuler derrière le concept et l’apparat. Par exemple, j’aime beaucoup Marcel Duchamp, mais je déteste ses pâles imitateurs qui ne retinrent de l’urinoir que la possibilité pour eux de faire entrer leur médiocrité au musée.
Si vous étiez une guerre ?
Ce n’est pas une chose à souhaiter. Mais si j’avais dû participer à une bataille alors j’aurais souhaité que ce fut celle de Fleurus qui opposa en 1794 l’armée révolutionnaire française à la coalition des royaumes hostiles à la révolution. Ce fut une grande victoire et une démonstration de la fougue des volontaires galvanisés par Saint-Just et le Général Jourdan.
Si vous étiez une arme ?
Sans aucun doute une arme de poing, c’est moins lâche. Allez, je dirais la fameuse rapière de d’Artagnan.
Si vous étiez un poison ?
Je dirais la ciguë. J’aurais au moins pu voir Socrate de près !
Si vous étiez un dictateur ?
Jules César, même s’il a donné du fil à retordre à nos ancêtres. Ce fut un homme politique extraordinaire et un grand stratège.
Si vous étiez un assassin ?
Pierre-François Lacenaire. C’était un écrivain romantique et un escroc désabusé pendant la monarchie de juillet. Il a voulu donner des contours romanesques à son « œuvre » sanglante et est entré dans la légende en couplant art et crime, jusqu’à son procès aux allures de pièce de théâtre et à son exécution burlesque. Personnage aussi ridicule que grandiose, mais singulièrement intéressant.
Si vous étiez une plaie ?
Une brûlure. Cela peut-être joli dans une certaine limite.
Si vous étiez une douleur ?
Euh... Tu es sûre que je vais avoir encore des clients après cette interview ? Bon, une douleur ? Le froid, peut-être. Je sais pas si c’est une douleur, mais j’aime bien la sensation de froid.
Pour revenir à quelque chose de plus joyeux, qu’elle est la musique que tu écoutes en bossant ?
Cela dépend de la nature du travail. Quand il s’agit de réfléchir à des accroches ou des concepts, j’aime bien écouter Pink Floyd, car ce n’est pas intrusif et cela met l’esprit dans de bonnes dispositions. S’il faut cavaler toute la soirée pour finir une mission, alors je préfère écouter des vieux groupes de hard rock comme Black Sabbath ou AC/DC, c’est de la caféine musicale, en quelques sortes. Mais en général, ce sont les Beatles qui tournent le plus dans ma platine, c’est sans conteste le meilleur groupe de tous les temps.
D’après vous, quels sont les éléments qui font un bon rédacteur ?
Je pense qu’il faut sincèrement aimer les lettres et le Français en général. On ne peut pas se contenter d’avoir une culture publicitaire, il faut également une culture des mots, pour ne pas dire, un amour des mots. Que ce soit pour trouver une accroche ou pour écrire un feuillet, il faut sans cesse penser à la formulation, en se demandant quels sont les mots qui serviront le mieux le propos de la marque. Il ne s’agit pas ici de littérature, car la rédaction n’est évidemment pas un art, mais néanmoins, je ne conçois pas un bon rédacteur qui n’aimerait pas lire.
Où trouvez-vous votre inspiration ?
En regardant par la fenêtre et en fumant des cigarettes ! Dans les transports en commun aussi, je réfléchis au brief que je viens de prendre !
Auriez-vous un domaine de prédilection qui vous fait avancer dans un sens bien précis ?
J’essaie d’écrire le plus possible en dehors du travail même si mon temps libre se fait rare. Je souhaiterais publier un roman si l’opportunité se présentait, mais c’est une autre histoire.
De quoi s’agit-il ?
C’est une histoire d’amour et de trahison, avec Internet en toile de fond. Mon protagoniste travaille sur la réputation d’individus qu’il doit promouvoir ou bien discréditer. Il se retrouve petit à petit face à un dilemme éthique qui lui causera bien des ennuis.
Si on vient vous revoir dans un an à la même période, vous serez en train de faire quoi?
Faire la promotion de ce roman, j’espère !
Merci de nous avoir consacré ce petit moment !
Le plaisir est pour moi.


